Il est donc plus que souhaitable que l’organisme s’adapte au point de vue de la gouvernance ainsi que des discours. À cet égard, des conseils d’administration ont modifié leurs pratiques pour devenir accessibles à une plus grande variété de profils. Reconnaissant, par exemple, que des rencontres du 19 h à 22 h attirent plus facilement des personnes ayant un emploi stable de jour et un revenu plus élevé, un CA a entrepris de mettre en place des « soutiens invisibles », comme le défraiement des coûts de transport en taxi, pour faciliter la participation de personnes aux revenus plus faibles. La même réflexion sur l’accessibilité se fait quant à l’inclusion de personnes vivant avec des enjeux de santé mentale, les personnes travaillant de nuit, etc.
Le même souci d’inclusion doit s’étendre également au personnel, surtout à un moment où l’embauche internationale et issue de l’immigration est un moyen de contrer la pénurie de main-d’œuvre. Nous avons entendu, lors des entrevues, que plus une équipe est diversifiée, plus elle est performante et plus les résultats du travail d’équipe permettront de répondre aux besoins d’une communauté multiple.
Cette ouverture à la diversité des origines mais aussi des compétences et des points de vue protège les organismes contre un repli sur eux-mêmes et contre le syndrome des TLM (« toujours les mêmes »).
Ce besoin de décloisonnement se vit aussi au niveau des manières d’identifier les personnes selon leur relation à la langue française. Dans les entrevues, nous avons entendu l’importance d’aller au-delà des étiquettes comme « francophone » ou « francophile » pour rassembler plutôt une seule communauté francophone où tout le monde se sent inclus. Au niveau des définitions, plusieurs s’entendent pour dire qu’en 2022, le ou la francophone est une personne qui utilise la langue française plutôt que quelqu’un ayant le français comme langue maternelle.
D’ailleurs, plusieurs jeunes se disent maintenant bilingues plutôt que francophones et ne se reconnaissent pas nécessairement dans les modèles traditionnels de la francophonie. Être bilingue est désormais une identité canadienne et faire en sorte que ces jeunes aient une place au sein de la communauté mais aussi des organismes est un défi. En entrevue, une personne a déclaré : « Si le seul conseil que les jeunes entendent c’est go, prends ta place, ça n’aide pas. Il faut aller vers eux et leur créer une place ». Cela revient à l’idée de mettre en place des mesures d’adaptation pour inciter une plus grande diversité de profils à s’impliquer.
Pour ce qui est des personnes issues de l’immigration, un grand nombre d’entre elle parlent également plusieurs langues et le français est souvent une langue seconde pour elles. Si elles ont une affinité avec la francophonie, elle est d’abord culturelle et linguistique. C’est par le biais d’échanges culturels et des activités de vivre ensemble qu’elles s’engageront bien souvent dans les communautés francophones en situation minoritaires et s’impliqueront dans les organismes communautaires, culturels, de bienfaisance, etc.
En outre, pour les personnes interviewées, élargir, diversifier, ouvrir à une population plus variée et à des points de vue opposés peut créer un milieu moins confortable, mais beaucoup plus enrichissant.